Web le son!

Alors que la plupart des étiquettes majeures démonisent le Web et que des chanteurs populaires comme Wilfred LeBouthilier ne le voit que comme source de piratage, de plus en plus d’artistes indépendants font de la Toile leur porte-voix. Rencontre avec Ghislain Poirier, musicien, DJ et «nerd» émérite.

Distribution aux consommateurs

« L’Internet? J’m’en sers pas! » plaisante Poirier, probablement l’artiste électro hip-hop le plus branché au Québec. En plus de son site web officiel, ce webmestre hirsute mise aussi sur les communautés virtuelles pour promouvoir son nom. « Tout d’abord, y’ a ma liste de diffusion qui rejoint des milliers de personnes. J’ai plus de 9500 “amis” sur Myspace où mes tounes jouent environ 400 fois par jour, puis y’ a Facebook auquel je viens de m’inscrire. Ça va sûrement supplanter Myspace un de ces jours, mais c’est plus “communautaire” en ce moment. Un peu comme Myspace avant que ça ne devienne aussi “gros”.

En plus de garder le contact avec les mélomanes, il n’est pas rare pour Ghislain de se manifester auprès de confrères et des médias entre deux albums à l’aide de chansons et parfois même de maxis entiers distribués en pièces jointes plutôt qu’uniquement sur disques compacts. “De plus en plus de DJs utilisent du matériel Serato pour mixer [une gamme de produits permettant à ceux-ci de mixer leurs fichiers mp3 à l’aide de disques vinyles]” explique le principal intéressé pour justifier ce moyen promotionnel. “De plus, plusieurs journalistes surfent sur des connexions haute vitesse et utilisent des logiciels comme Itunes ou encore leur Ipod pour écouter de la musique au bureau.” Bien que cette façon de faire facilite le boulot des pirates, Poirier y voit surtout des économies de temps et d’argent. “En plus des frais de port et manutention, j’économise aussi entre une à trois semaines de délais de la poste. Puis en ce qui concerne le téléchargement illégal, c’est comme le vélo. Est-ce que les cyclistes font toujours leurs arrêts réglementaires? Le piratage est inévitable, mais ce n’est pas la fin du monde pour autant.” En plus d’encourager les téléchargements illégaux, les économies temporelles de cette démarche sont aussi relatives. “Ce que je peux économiser en argent, je le perds toutefois en temps car ça en prend toujours autant pour faire de la promo.” muse le DJ qui ne se sert pas de l’Internet que pour sauver quelques sous, mais aussi pour créer.


Collaborations et voyages en ligne

Ça m’arrive très souvent, même avec des gens de Montréal!” lance Poirier lorsqu’on lui demande s’il lui arrive de collaborer avec d’autres artistes via le Web. “Parfois, je vais découvrir des gens sur le net puis prendre contact avec eux via leur courriel ou encore Myspace. Ensuite, on peut enchaîner en s’échangeant des rythmiques ou encore des pistes de voix.” explique celui qui a autant remixé la sensation britannique Lady Sovereign que le chouchou local Pierre Lapointe. “C’est plus pratique et plus rapide.” tranche Poirier qui a aussi réussi à se dégoter une tournée internationale en quelques clics.

Ce n’est pas l’Atlantique, mais un clavier qui se trouvait finalement entre Ghislain et les capitales mondiales. Après plusieurs prestations remarquées (autant en concert que lors de ses fameuses soirées “Bounce le gros”) à Montréal et en régions, le DJ revient tout juste d’une série de huit performances européennes où il a trainé ses disques et platines autant en France et en Espagne qu’en passant par l’Angleterre ainsi que le Danemark. “C’est moi qui a tout planifié de A à Z et dans tout ça, il n’y a eu que deux conversations téléphoniques, tout le reste s’est négocié par e-mails.” déclare le « disk jockey » avant de spécifier que “Ça a quand même pris pas mal de temps : environ un mois de travail pour pas beaucoup d’argent!”

En attendant de réserver ses prochains billets d’avion en ligne, Ghislain Poirier planche sur son nouvel album qui paraîtra à la mi-octobre sur l’étiquette Ninja Tune tout en passant beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps sur l’Internet.

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