Semi-automatique #9: Grand Prix indie (exclusif à ce site)

« Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstre soi-même. Si tu plonges longuement ton regard dans l’abîme, l’abîme finit par ancrer son regard en toi. » — Friedrich Nietzsche

Malgré les apparences, je n’ai pas retenu cette citation de mes incroyables études sur les réflexions du penseur allemand le plus joyeux de son époque, mais plutôt du jeu vidéo Baldur’ s Gate qui s’ouvre sur celle-ci (tronche un jour, tronche toujours, en effet). Mais bon, tout ça pour vous dire qu’il m’est arrivé une chose terrible aujourd’hui : une prise de conscience. Pire encore, celle-ci m’a permis de rendre compte que je m’étais – « l’horreur, l’horreur! » pout citer le Colonel Kurtz – « montréalisé ».

À quelques jours de la réunion d’anciens élèves de mon école secondaire, j’ai réalisé qu’alors que certains de mes camarades de classe magasinaient logis et vêtements pour le nouveau né, je tente de dénicher un appart pas trop cher dans le coin du Mile-End (mais pas en plein d’dans, c’est tellement cliché). Pendant que ceux-ci cherchent sûrement à refiler le p’tit dernier à leurs parents un week-end pour profiter des festivals estivaux du Québec, moi je lève le nez sur la plupart de ces événements. L’horreur, l’hooooorreuuuur!

Prenez Osheaga par exemple, un mois après avoir donné un avant-goût — plutôt fade — de sa programmation (Placebo était de passage plus tôt cette année tandis que l’énergique Xavier Caféine y joue à chaque Pleine Lune… sans oublier qu’à peu près tout le monde se fout du retour des Smashing Pumpkins), les organisateurs renchérissaientt il y a quelques semaines avec d’autres invités… assez décevants eux aussi. Outre M.I.A., les nouveaux ajouts internationaux de la deuxième édition de l’événement suscitent plus de déceptions que d’excitations (Arctic Monkeys ? En concert il y a à peine quelques jours à Montréal, The Editors ? Who cares !?)

Et c’est là que je me suis demandé à qui ce festival est destiné et la lumière fut : à celui que j’appelais « mon best », à celle à qui je jurais amour, fidélité, une slush pis une date au ciné. Bref, à ceux qui n’ont pas subi les affres de… de… la « montréalisation » (ou les habitants de l’Île qui ne sont pas encore passés par cet horrible processus).

Car le caramel notoire (rappelez-vous, « caramel » est le nouveau terme pour « trop banane » et « indie ») a déjà vu les Au Revoir Simone et Peter, Bjorn et John dans des concerts en salle et — par conséquent — bénéficiant d’un meilleur son. Sans oublier que, c’est un fait connu, le mélomane montréalais est toujours cassé (ça coûte cher un logement sur l’avenue du Parc, bon) et n’investira jamais 150 $ ou même 80 $ pour une prestation de son groupe préféré qui durera une trentaine de minutes, même si celui-ci est accompagné d’autres artistes vaguement intéressants. De toute façon, comme le « branché » (le champ lexical du « hipster » est plutôt pauvre, en effet), est un éternel négatif depuis que la presse internationale s’est emparée de « son » Arcade Fire et de « son » Malajube, il ne paiera jamais un tel montant pour encourager des pétards mouillés comme… euh… The Editors disons).

Après tout, une simple visite sur la section « F.A.Q » du http://www.osheaga.com convainc que la clientèle cible est avant tout notre voisin du Sud, ceux qui considèreraient encore Montréal — malgré les moult difficultés de ses phares — comme un havre de musique indépendante, le nouveau Seattle, le Klondike de notre siècle, patati, patata. « What’s the weather like in Montreal on Labour Day? », come on!

C’est un peu comme le Grand Prix de Montréal : les organisateurs réunissent des coureurs d’un peu partout, le public rapplique par centaines pour voir la crème du domaine tourner en rond. Cerise sur le sundae, on achète le t-shirt à la sortie. Est-ce magique? Non. Est-ce inoubliable? Pas vraiment. Est-ce amusant? Pour la plupart, oui!

Il ne faut pas se leurrer, pour le « montréalisé», le caramel et autres rapaces du genre, on ne va pas aux Francofolies, au Festival de Jazz (Corneille ET Francis Cabrel? j’en rêvais!) ou a Osheaga dans l’espoir de faire des découvertes, mais pour se la couler douce. Côté surprises et innovations, on doit se tourner vers Suoni Per Il Populo, Pop Montréal, le festival d’été de Québec (une foire qui invite autant Renaud que Kanye West, j’respecte ça) ou — pour les plus aventureux — Festival de musique émergente de l’Abitibi-Témiscamingue.

Bref, mes excuses, bonne saison estivale, mais surtout bons festivals!

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