Semi-automatique #11: La mince ligne entre Lachine et la réalité

Tout d’abord, loin de moi l’idée de prétendre que j’ai une maîtrise en hip-hop (en fait, c’est en littérature comparée, mais assez parlé de moi), mais comme ce numéro de Bang Bang regorge de « palettes drettes», allons-y…

Au cours des années 80 et 90, Public Enemy (je voulais tout d’abord introduire cette chronique avec La Société du Spectacle de Debord, mais même moi je trouvais ça prétentieux alors…) révolutionnait le rap en révélant sa dimension historico-politique au grand public. À l’aide de ses clips d’envergure (« come on », le vidéo de « Fight The Power » — réalisé par Spike Lee, rien de mois! – demeure impressionnant à ce jour), Chuck D et compagnie arrivait à sensibiliser la jeunesse MTV à l’aide d’échantillonnages funk et soul et de textes incendiaires dévoilant, voire romanisant sur certaines chansons, la réalité des ghettos. Des années plus tard, le « vrai » est devenue mythe, le « reality rap » est maintenant « gangsta» et le Queens influence autant des rappeurs de l’Europe que de Lachine.

Projet hip-hop qui a commencé à faire du bruit via des apparitions remarquées sur les ondes des radios universitaires de Montréal, Jingafly tire son épingle du jeu avec des rythmiques percutantes, des rimes crues et sans compromis ainsi qu’en entretenant un certan mystère autour du sérieux de leur entreprise. Alors qu’Omnikrom joue sur l’ironie et que Gatineau théâtralise souvent la réalité, Gros G, Capitaine Beretta et compagnie semble caricaturer le gangstérisme dans un Lachine imaginaire ou Jingafly contrôle autant le marché de la dope que sa scène musicale locale.

« Semble caricaturer», car ces bonshommes sont imperturbables en entrevue (à ce sujet, dirigez-vous vers le bangbangtemort.com pour visionner ma pitoyable tentative d’obtenir des confidences sérieuses)! Ainsi, lorsqu’on leur demande s’ils entretiennent des « beefs » avec certains de leurs congénères, les gars de Jinga ne vacillent pas et révèlent qu’ils attendent des « diss tracks» avec impatience – « Parce que Jingafly, c’est d’la qualité! » vociféra TiKass entre ses « grillz». Malgré la dimension « cartoon» que peuvent parfois prendre leurs « rhymes » (la très grivoise pièce « Censure » — qui fait présentement un tabac sur le palmarès de CISM – en est un bon exemple), les mecs demeurent des MCs accomplis qui s’y connaissent à fond dans le hip-hop. Récemment passés à la questionnette par l’émission Vieille École sur les ondes de CHOQ, les rappeurs lachinois s’en sont sortis avec brio sans vraiment décrocher de l’état d’esprit Jinga.

Mais est-ce que cette logique est infaillible? Alors que les caramels (rappelez-vous, c’est le nouveau terme pour « hipster», faites courrir la Bonne Nouvelle!) rigolaient et dansaient sur les tubes « moitié thugs, moitié nerds» de Bâtards sensibles de TTC, plusieurs ont désenchantés à l’écoute de 3615 qui – pour certains — vient cimenter leurs propos. Est-ce que leurs cousins québécois auront droit au même accueil en surfant la mince ligne entre la réalité et la fiction dans un genre où – tout comme le punk – « l’authenticité » joue un grand rôle.

En attendant d’avoir ses réponses, Jingafly persiste et signe (avec panache, bien sûr). Les mélomanes peuvent toutefois espérer une nouvelle parution dans les bacs dès cet été en plus de visiter le www.jingafly.com ainsi que le www.myspace.com/jingaflylachine pour se procurer leur maxi La Loi de la rue. Comme si ce n’était pas assez, TiKass s’attelle actuellement à un CD solo. Avis aux lecteurs, réalité ou pas, dégottez-vous tout de même une veste pare-balle si vous vous baladez à Lachine… on n’sait jamais!

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