Semi-automatique #10: La tête, le coeur ou les couilles?

Jusqu’en 2006, Polaris était pour moi qu’une héroïne de BD contrôlant le magnétisme (quoi? C’est aussi une étoile? Chacun ses points de références, bon). Puis vint le Polaris Music Prize en 2006 qui couronnait le meilleur album canadien de l’année d’une bourse de 20 000 $. Avec un jury composé d’une centaine de journalistes et personnalités du pays, l’initiative surprenait par sa sélection finale où He Poo Clouds de Final Fantasy allait devancer les oeuvres de Wolf Parade, Metric, Broken Social Scene et Malajube. Dans une province aussi réputée pour ses festivals d’été que ses galas musicaux de tout acabit, comment le droit de vote culturel devrait être exercé?

Sur le forum de discussion consacré à l’édition 2007 du Polaris Music Prize, les jurés délibèrent avant même d’avoir confirmé leurs choix. « Doit-on voter en considérant à quel point la bourse accompagnant le prix aidera l’artiste? », « Devrais-je tout simplement opter pour les cinq disques que j’ai le plus écoutés au cours des derniers mois? » ou encore « À l’image de la précédente édition, il faut dénicher une autre perle rare, l’exposer au grand public grâce au battage publicitaire autour du prix! » sont le genres de questions et commentaires revenant souvent… surtout en association à l’incontournable Neon Bible d’Arcade Fire. D’un côté, refuser de sélectionner cet album tout simplement parce que le collectif de Win Butler (vous savez, le frère d’Edith… je ne me lasserai jamais de ce gag, en effet) fraye avec Bono et Bowie est une raison tout carrément enfantine. Mais de l’autre, est-ce qu’un orchestre de cette envergure à réellement besoin d’une telle bourse? Est-ce qu’il y a de la place pour la mention « récipiendaire du prix Polaris 2007 » sur l’impressionnante feuille de route du groupe?

Chez nous, on pourrait lier ce paradoxe au Gala MU qui décorait récemment Corneille du titre de « meilleur chanteur RnB». Bien que personne ne remet en question le talent du chanteur, est-ce que ça a aidé sa carrière depuis? On peut en douter après avoir consulté son site web (le http://www.corneille.ca, joli site « flash » où la section anglophone est en ligne avant la francophone… un peu ordinaire, disons) où on ne retrouve aucun communiqué à propos de la prestigieuse récompense décerné par l’organisation Montreal Underground. Mais si les gens de l’industrie carburent au copinage (Dany Bédar comme interprète de l’année à l’ADISQ 2006 devant Lapointe, Dumas et Perreau? Come on! Le gars est chum avec Satan, c’est sûr!) et que les journalistes sont adeptes de la masturbation intellectuelle (bien que j’apprécie Final Fantasy, je suis toujours surpris qu’une centaine d’intervenants du milieu ont optés pour l’obscur projet d’Owen Pallett plutôt que la meute de Wolf Parade) et que le public fait parfois des sélections surprenantes (fait constaté au cours des derniers mois au GAMIQ ainsi qu’aux Mimies), comment en venir à une remise de prix qui est autant représentative du paysage musical canadien (ou québécois, ou hip-hop, ou whatever, selon le cas) que bénéfique pour celle-ci?

Bien que je ne puisse révéler tous mes choix personnels pour l’édition 2007 du Polaris Music Prize, je vais tout de même vous en confier un : L’Idéologie des stars de Numéro#. Ai-je décidé à l’aide de ma tête, mon coeur ou mes couilles? Je ne le sais même pas moi-même. Décidément, je préférais l’époque ou j’associais plus Polaris à une mutante en lycra qu’à un prix aussi important.

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