Les Pirates de Sapphaustin!

Selon la légende, Sappho aurait été une poète lyrique de la Grèce antique qui serait née il y a des siècles et des siècles (amen) sur l’île de Lesbos. Artiste issue de l’aristocratie, ses oeuvres faisaient autant référence à de fastes fêtes qu’à des histoires d’exiles (sa famille et leurs cohortes auraient été expatriées lors d’un putsch politique). Mais ce qu’on retient surtout des textes de l’auteure, c’est sa passion pour la femme. Des années plus tard, le collectif électro montréalais Lesbians on Ecstasy poursuit dans cette tradition en mêlant ludique et politique au sein de leurs compositions. En attendant leur prochain album We Know You Know (disponible dès le 10 avril sur l’étiquette Alien8), on a rencontré la joyeuse bande au SXSW, tout près de la piscine de leur hôtel. Entretien « garden party ».

Austin d’boeuf!

« C’est comme se rendre au Japon! » s’exclame Bernie Bankrupt – portant un t-shirt « Georges Leningrad Forever» qui laissait déjà présager le pire — lorsqu’on l’interroge sur le périple des Lezzies au Texas. Après une série de retards de leur avion en partance de Montréal, les filles ont dû piquer un sprint à l’aéroport de Chicago pour attraper leur vol correspondant. « On se sentait dans Home Alone! » poursuit la bassiste Véronique Mystique. Deux jours plus tard, ces musiciennes sur l’X sont remises de leurs émotions, mais ne sont pas encore au bout de leurs peines, ni de leurs rencontres fortuites. « En fait, ma carte de crédit a rebondie » raconte une des Lesbians en parlant de l’arrivée de l’orchestre à l’hôtel. “Fallait qu’on aille payer la chambre avec la carte de Jackie [« The JackHammer », percussionniste] et Chuck D était à côté entrain de faire son « check out ». Y’ était vraiment, vraiment cool! » Drôle de coïncidence alors que L.O.E. remixait en 2004 l’hymne « Bring The Noise » de Public Enemy sur la pièce « Queens On Noise» tirée de leur album éponyme. « Peut-être qu’un moment donné, on pourrait faire un remix “re-édit” avec la vraie voix de Chuck? » se demande Mystique.

Bêtes et pirates

Plusieurs étiquettes ont été affublées à la formation au cours des années. Outre leur sexualité ou leur prétendu penchant pour les phényléthylamines, les Lezzies ont aussi été qualifiées de bêtes de scène. Quand le public ne se dévêt pas lors d’un concert (c’est arrivé en Croatie, jetez un coup d’oeil à leur blogue MySpace pour plus de détails), il se déchaîne carrément sur les planches. « Parle-leur de la fille de Baltimore! » clame Jackie. Bankrupt explique : « Une fois à Baltimore, une fille vraiment saoule est montée sur le stage puis est tombée dans mes affaires! Je ne sais pas comment elle à fait, mais elle s’est enroulée dans nos fils. On est allé la voir puis on lui a dit “OK, ne bouge pas!” parce que si elle se levait, elle débranchait tout le monde! » Mieux encore, les membres de L.O.E. se sont aussi fait une solide réputation de pirates de bières. « Ça remonte à quand on a tourné avec Le Tigre » se remémore la joueuse d’ensonique. « Ils sont super cools, mais ne boivent pas de bières! Ils recevaient de la bière dans leur loge et la laissaient là. » « C’était du gaspillage! » déplore la chanteuse Lynne T. « OK, ça arrivait de temps en temps qu’ils voulaient prendre une bière» poursuit Bernie. « Mais nous on prenait ça pour acquis alors on rentrait dans leur loge et on se servait! »

Démarche obligeant, Lesbians on Ecstasy piratent aussi la musique en repiquant du matériel d’artistes comme Melissa Etheridge au sein de leurs pièces. Un exercice qui – heureusement – ne s’est pas encore retourné contre l’ensemble. « Jusqu’à date, on n’a pas eu de problème» assure Bernie. « On donne toujours le crédit aux artistes originaux sur nos albums. Ainsi, si Melissa Etheridge faisait une recherche sur la Socan ou whatever, elle apprendrait qu’elle a aussi écrit une toune qui s’appelle “Tell Me Does She Love The Bass”! Si notre chanson joue à la radio, c’est Melissa qui reçoit le 0,10 $, pas nous. » « KD Lang aussi! » renchérit Véronique. « Surtout qu’il paraît qu’elle a présentement des troubles financiers! Mais, d’habitude, les artistes indépendants qu’on rencontre sont satisfaits. On a eu de bons commentaires des Indigo Girls, etc. » « D’un autre côté » intervient Bernie, « c’est clair qu’Amy Ray n’a pas aimé le traitement super gros “drum n’ Bass” qu’on a fait à sa chanson, mais elle nous a quand même encouragées à continuer. »

We Know You Know ou une distopie féministe en chansons

Pour We Know You Know, Lesbians On Ecstasy propose ni plus, ni moins qu’un cours d’histoire du féminisme des années 70 revu et corrigé. « Après le premier album, on a eu des commentaires disant qu’on travaillait avec de la musique plutôt “safre”, que tout le monde connaît. » raconte Bankrupt. « On s’est donné un peu plus de défi cette fois-ci en reprenant toujours de la musique lesbienne, mais qu’à peu près personne ne connaît. C’est garanti! » promet-elle. « On a opté pour de la musique folk sincère, des chorales, etc., et de jouer avec ça. Car on trouve – en tant que féministes – que les idées du féminisme “seventies” étaient très utopiques, alors que trente ans plus tard, on constate que ça n’a pas marché. C’est un peu “dark” comme réaction face à leur optimiste, mais le fait est que le féminisme est pas mal mort. On voit de moins en moins de femmes faire de la musique, par exemple. » Et Jackie de conclure avec un dur constat : « C’est comme ici à South By Southwest, y’ a aucune femme qui se produit sur la grosse scène! »

En attendant de piller bières et idéologies féministes avec We Know You Know (dans les bacs dès le 10 avril sur le label Alien8), la flottille Lesbians On Ecstasy prendra d’assaut le Club Lambi de Montréal le 13 avril prochain pour lancer son CD puis voguera au Rouje de Québec jeudi le 19. Le 10 mai, L.O.E. présentera un opéra rock à la S.A.T. avec Paperrad et (si Dieu le veut) Les Georges Leningrad dans le cadre de la Biennale de Montréal. À l’abordage!

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