Surfer la vague

Le Besnard Lake est un cours d’eau de la Saskatchewan surnommé « le lac aux plusieurs îles ». Long de 188 miles et bordant plus de 250 îlots, l’endroit est très apprécié des poissons, des canotiers et des amants de la nature. C’est aussi une formation indie rock qui plonge le public montréalais dans d’impressionnantes atmosphères psychédéliques depuis des années. Avec leur nouvel album…Are The Dark Horses, les « riffs » de The Besnard Lakes pourrait finalement s’entendre d’un océan à l’autre. Entretien en apnée.
À la veille d’un départ imminent pour une série de concerts en Europe, le chanteur Jace Lasek semble nerveux à l’autre bout de la ligne. « Je trouve l’idée de ce voyage extrêmement tentante, mais je m’inquiète un peu. » Premier périple du genre pour la formation menée par Lasek et sa femme Olga Goreas, celui-ci aurait été initié après une prestation lors d’un spectacle réunissant plusieurs artistes montréalais dits « exportables » (Galaxie 500 et Plaster étaient aussi du lot) et organisé pour une délégation de journalistes et de producteurs européens de passage dans la métropole en octobre dernier. « Bien sûr, y’ a eu quelques articles dans des magazines et blogues britanniques à notre sujet après ce “showcase”, mais on demeure plutôt inconnu là-bas. Je me demande vraiment quel genre de public on va attirer… et ça, c’est s’il y’ a des gens qui viendront nous voir! » Bien que Lasek et Goeras semblent s’aventurer en eaux troubles, c’est lors d’occasions du genre que les membres fondateurs de The Besnard Lakes ont su tirer leur épingle du jeu.

Retour aux sources
Largués par leurs musiciens peu avant l’enregistrement de leur premier album, plusieurs artistes auraient laissé tomber. Jace et Olga, eux, allaient plutôt en profiter pour s’enfermer dans leur studio – le Breakglass Studio où les Wolf Parade, The Unicorns et Bionic ont aussi capté quelques tubes — pour expérimenter, composer puis enregistrer un disque sombre, touffu et peaufiné. Oeuvre intitulée Volume 1, un deuxième pavé viendrait néanmoins la mare de The Besnard Lakes dès le lancement de la galette. Paru en 2004, le travail titanesque du couple se perdait toutefois dans le raz-de-marée entourant Funeral d’Arcade Fire, Set Yourself On Fire de Stars et tout cet engouement soudain pour la scène musicale montréalaise. Trois ans plus tard, le duo persiste et lance un nouvel opus… tout comme Win Butler et sa bande ainsi que Torque Campbell et compagnie. « On se croirait revenir dans le temps! » s’exclame Lasek lorsqu’on lui rappelle ces coïncidences. « Bien qu’on aille quand même bénéficier un peu de ce “buzz”, ça serait vraiment dommage qu’il y en ait un autre cette année autour de nous tout simplement parce qu’on réside à Montréal. » déplore le chanteur et guitariste. Et question « scène locale», Jace connaît la sienne de fond en comble.

Nage synchronisée
Musicien et producteur émérite, Lasek a autant collaboré à des projets pop dont ceux de Patrick Watson et Young Galaxy (violon d’Ingres de l’ex Stars Stephen Ramsay) qu’aux enregistrements plus électroniques de The World Provider. Est-ce que toutes ces collaborations aux styles si différents risque d’influencer The Besnard Lakes? « Musicalement, pas vraiment. » rétorque l’ingénieur de son. « Mais la façon de travailler de chacun peut être inspirante… et frustrante à la fois. Après tout, lorsque je m’agite derrière la console et qu’une idée se pointe pendant qu’un autre groupe enregistre, je ne peux pas tout laisser de côté pour m’y consacrer. » Son emploi lui a tout de même permis de rencontrer des collaborateurs qui épaulent le projet autant en studio que sur scène.

« C’est évidant que fréquenter tant de gens est vivifiant » confie Lasek à propos des musiciens – dont Chris Seligman de Stars et George Donoso III de The Dears — l’accompagnant au Breakglass et sur les planches. « Mais c’est aussi tout un casse-tête! Tout d’abord, je bosse environ douze heures par jour, les autres membres du groupe ont aussi des emplois ou d’autres “bands” avec lesquels ils jouent. Il nous arrive donc parfois de modifier nos pièces en concert si un des membres ne peut se pointer. Ça donne tout de même des prestations intéressantes lorsque ça se produit. »

En attendant le déluge, Lasek se concentre sur ses prochains concerts en Europe ainsi que sa petite tournée régionale en compagnie de Patrick Watson. « Non, le succès de Patrick ne m’a pas encore touché : aucun producteur de feuilleton étatsunien ne m’a demandé de chansons de The Besnard Lakes pour ajouter au générique de leur émission » lance-t-il en rigolant. Ça ne devrait toutefois pas tarder.

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