Rentrer dans le lard!

Que ce soit en résistant à Wal-Mart, en s’opposant à l’ADISQ ou en se payant le Spectrum, Slam Disques n’hésite pas à ruer dans les brancards.

« Whippets», subventions et autres balbutiements…

Surtout connu comme étant « l’étiquette de la formation pop punk eXterio», Slam Disques ne se limite plus qu’au groupe à qui l’on doit le tube « Whippet» ou qu’à l’appartement de Jessy Fuchs. Bassiste de la fameuse formation et instigateur de ce label indépendant, Fuchs relocalisait Slam plus tôt cette année dans un local servant aussi aux répétions de groupes de son écurie. Évidemment, ce déménagement signifie beaucoup pour le fondateur de cette entreprise qui a dû trimer dur pendant cinq ans avant de véritablement s’imposer dans l’industrie musicale locale. « Ça n’a pas commencé de même!» lance Fuschs en faisant visiter les lieux. « Au début, l’étiquette n’était qu’une forme juridique pour pouvoir demander des subventions pour eXterio. » Oeuvrant dans le domaine depuis ses études collégiales, Jessy s’est tout d’abord fait remarquer comme organisateurs de concerts punk puis comme producteur de compilations d’artistes alternatifs locaux. Tôt dans la carrière d’eXterio, Fuchs allait aussi découvrir le joyeux monde de la bureaucratie. « Les premières demandes de subventions que j’ai faites étaient ridicules!» poursuit le volubile personnage. « C’était tout croche! Je me faisais même envoyer des lettres disant que “non seulement ta demande n’est pas acceptée, mais il manque aussi ceci et cela. On a vraiment appris sur le tas!”

Après cet apprentissage à la dure, Fusch allait faire profiter son entourage de ses boires et déboires avec les instances gouvernementales. “On s’est dit que c’était ridicule de garder cette information pour nous seulement et on a décidé d’aider les bands avec qui on est amis en leur faisant partager contacts et accessibilité.” Aujourd’hui, Slam est une maison de disques accueillant autant des groupes punk engagés comme MAP ainsi que des formations plus hardcore à la Ok Volca ou des projets plus loufoques comme le Skieur fluo. “Cette année marque la première année sur laquelle je me concentre sur d’autres bands.” lance fièrement Jesse à propos du financement, de la production et de la promotion de la cuvée 2006 de la maison de disques. “Je trouve ça intéressant parce que ça prouve non seulement qu’on a appris de nos erreurs, mais qu’on est aussi capable d’être efficace avec autre chose que notre propre produit.” observe le musicien en faisant référence à eXterio. Outre l’évidente camaraderie unissant les groupes de Slam, l’étiquette punk maintient aussi un certain discours idéologique.

Entre Wal-Mart, Local Distribution et l’ADISQ, l’indépendance selon Slam…

Bien que le terme “indé” est plutôt galvaudé ces jours-ci – autant Slam qu’Indica (Vulgaires machins, Trois accords, etc.) et Audiogram (Karkwa, Pierre Lapointe, Kevin Parent et plusieurs autres) peuvent être considérés comme des maisons de disques dîtes indépendantes – Jessy cerne tout de même bien le concept. “Légalement, une étiquette n’est pas un ‘major” lorsqu’elle ne fait pas partie des six plus grosses étiquettes comme Sony, EMI, etc. Ainsi, Audiogram, par exemple, est considérée comme indépendante.” élabore Fusch avant d’ajouter son grain de sel. “La formule indépendante, selon moi, dépend de qui entoure une entreprise. Toute l’industrie entoure Audiogram: elle a des connexions avec tout le monde, elle a accès automatiquement à toutes les subventions sans passer par les comités, etc. On peut donc considérer ces labels comme “pas indépendants”. C’est de gros labels, mais dans une petite bulle qui est le Québec.” Bien sûr, être “indé” n’est pas qu’une affaire de gros sous.

On est aussi un label qui a des idées et des convictions.” soutient Jesse. “Bien qu’eXterio n’est pas nécessairement un groupe engagé, l’étiquette et les personnes en faisant partie le sont. Par exemple, on a refusé une offre de Wal-Mart. On n’est pas rentré dans le moule des labels qui veulent se faire aimer, on ne s’est pas inscrit à l’ADISQ parce qu’on trouve que c’est de la crisse de marde et nos bands sont d’accord avec ça.” Par la suite, l’essoufflant directeur artistique abondera sur des anecdotes de tournées racontant les divers moyens employés par les membres de son groupe allant jusqu’à dormir sur le sol afin de s’entasser dans une même chambre de motel pour économiser. “C’est important de ne pas décrocher, sinon c’est le début de la fin. Personnellement, je trouve ça ridicule les groupes qui embarquent dans le moule de l’industrie à la “gros distributeurs, grosse promotion, budget exagéré, ADISQ, etc.” Le producteur et co-administrateur du conseil d’administration de la SOPREF en aura d’ailleurs long à dire sur la fameuse organisation et son gala. “Je ne payerai certainement pas 1600$ par année pour faire parti de ça. Évidemment, si tu n’es pas membre, tu n’es pas nominé, mais tu peux toujours passé sur le plus gros show à la télé. Du même coup, [ce n’est pas avantageux] pour la centaine de petits producteurs comme moi de payer 1600$ par année pour avoir une ‘tite place sur un gala hors ondes en plus de payer pour chaque album que tu présentes et de finalement être en nomination dans une catégorie qui n’est pas nécessairement représentative. C’est comme vouloir gagner une course à pied contre des sumos!”

Laissant les 100 mètres haies aux autres, Jessy et sa joyeuse bande optent ces jours-ci pour un autre parcours semé d’embûches: l’organisation d’un gigantesque concert réunissant toute la tribu Slam au prestigieux Spectrum de Montréal. “Impossible n’est pas français” semble être la devise du collectif. “Je pense que je suis quelqu’un qui n’a pas peur de se donner des objectifs plutôt élevés” poursuit Fusch. “Par exemple, pour nos vidéoclips, on voulait tout de suite tourner avec de la pellicule plutôt que de commencer avec la ‘tite caméra DV. Puis les gars plaisantaient qu’on devrait prendre Francis Cloutier des Chick N’ Swell comme réalisateur... et il a fini par réaliser nos six clips! C’était des crisses de gageures, mais ça a valu la peine. J’pense que le Spectrum, c’est un peu comme ça!”

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