Dare To Care Records : Ose qui peut

En décembre, l’heure est habituellement aux bilans. Constat facile : l’année 2005 a été riche en rebondissements pour la scène locale. Entre le coup de circuit frappé par Malajube avec son Compte Complet et l’entente signée entre le combo punk The Sainte Catherines et la fameuse étiquette américaine Fat Wreck Chords, on remarque toutefois une constance : Dare To Care Records. Étiquette montréalaise établie depuis 2000, Dare To Care célébrait autant cette année son cinquième anniversaire que la parution de son 22e disque. Entrevue avec Eli Bissonnette, ex-membre de la formation ska punk Naked N’ Happy et propriétaire de l’étiquette.

« Oh boy! » s’exclame Bissonnette lorsqu’interrogé sur son bilan de l’année. Installé dans un fauteuil entre son bureau, un pistolet à colle tout près de pochettes d’albums à assembler et des coupures de journaux mentionnant ses groupes, Eli – thé à la main – semble visiblement satisfait : « Depuis 2000, depuis la création de Dare To Care, chaque année a apporté son lot de nouveautés. Ça bouge ! 2005 a été une très bonne année ! Y’a eu de bons disques comme ceux de Yesterday’s Ring, Pawa Up First, La Descente Du Coude, Fallout Project, Malajube qui est sorti à la fin de 2004 et y’a aussi eu le Dare To Care Fest où on a fait salle comble au Théâtre Plaza… et l’année n’est pas encore finie ! ». Flash back, 2000.

De Live At L’X à El Rancho

La naissance de Dare To Care coïncide donc avec la mort du quintet ska Naked N’Happy. Désireux de laisser un dernier héritage à leurs fans, ce quintet qui s’est surtout fait connaître par son album We Strongly Failed paru en 1999 a donc enregistré ses deux concerts d’adieux afin d’en tirer un disque (Naked N’ Happy And Friends Live At L’X). Eli raconte : « À l’époque, j’habitais en appartement avec Hugo Mudie, le chanteur des Sainte Catherines et de Yesterday’s Ring, pis on s’est dit : « hey, on se part un label pis on sort ça comme premier disque ! » »

S’en suivit Early Summer Campfire Songs, une compilation de punk acoustique en plus d’une série de « splits » regroupant entre autres la formation ska punk The Couch Addiction, le groupe post punk SelfMadeMan et le punk hardcore de Suck La Marde. Avec un tel catalogue, l’étiquette s’est vite imposée auprès de la scène punk locale. Mais avec les récentes parutions d’album de rock alternatif comme Le Compte Complet ou encore de post-rock jazz avec Pawa Up First, tout porte à croire que Dare To Care ose maintenant s’aventurer dans des sentiers moins battus. Bissonnette élabore : « On a été étiqueté comme label « punk rock » parce que tout ce qu’on sortait au début, c’était du punk rock et ses dérivés. Mais jamais je ne me suis dit que « Dare To Care » serait un label « punk rock » qui ne sortirait rien d’autre. » précise-t-il. « Je suis content de la diversité sur le label. Après les sorties de Malajube et Pawa Up First de cette année, on est retourné au gros hardcore métal avec le disque de Fall Out Project. Bref, y’a pas vraiment de ligne directrice musicale en tant que telle. C’est surtout une question de bonne musique, de bon esprit et de bonnes personnes.»

Le cœur sur la main, le disque dans la pochette…

Une autre distinction de Dare To Care : son aspect caritatif. Au fil des ans, l’étiquette a, en effet, versé une portion de ses profits à des œuvres de charité et organisations diverses allant de l’organisme Dans La Rue à la station de radio universitaire CKUT en passant par le Comité Des Sans-Emploi de Montréal-Centre. Eli s’explique : « Quand moi et Hugo on a commencé le label, on a beaucoup été marqué par le label américain Subcity Records qui verse environ 5% de leur revenu brut annuel à des oeuvres de charité. Nous, on trouvait l’idée super bonne, mais on l’a appliquée à notre sauce : on allait remettre 0,25$ à chaque copie de disque vendue à une oeuvre caritative choisie par le groupe. »

Au fil des ans, la formule a été remaniée afin de limiter les états de compte, mais demeure essentiellement la même. Par exemple, les profits du concert « Dare To Care Fest » de juillet ont été versés autant au Club des petits déjeuners du Québec qu’à L’Action Boréale. Eli seconde : « La formule remaniée n’est qu’une question administrative, y’a toujours de l’argent de donné à des organismes à buts non lucratifs, histoire de les aider et d’avoir une implication sociale. Veux, veux pas, les racines du label sont bien ancrées dans le punk et son idéologie. On fait donc notre bout de chemin en aidant ceux dans le besoin tout en faisant de la musique. »

Le cas Sainte Caths…

Puis, la question à 100$ : que pense-t-il de l’association des vétérans de Dare To Care – The Sainte Catherines – avec la populaire étiquette Fat Wreck Chords? Qu’arrivera-t-il de Yesterday’s Ring, le projet country de ceux-ci? Y’a-t-il de l’animosité ? L’œuf ou l’enveloppe ? Ricochet ? Miroir ? Une question à la fois…

C’est un Eli Bissonnette plutôt «zen » qui répond : « Y’a du monde qui me demande si ça m’écœure que les Sainte Caths soient partis sur Fat Wreck Chords. Mais non, bien au contraire ! Tant mieux pour eux si c’est ça qu’ils veulent et c’est ce qui va permettre de les propulser au prochain niveau. Je ne vois pas ça comme un départ, mais une continuité. Et ça va avoir des répercussions sur Dare To Care aussi. Les gens qui vont découvrir les Sainte Caths à partir de Fat, vont être intéressés à entendre ce qu’ils faisaient avant. J’suis vraiment content pour eux et ça ne peut être que positif comme expérience. »

Puis, en ce qui concerne Yesterday’s Ring : « Je ne m’assis pas avec les bands pour toujours parler du futur : « pis les gars ? votre prochain album, vous le sortez avec Dare To Care, hein !?! » Je ne leur faire pas signer des contrats de cinq albums, en dix ans, etc. J’ai sorti tous les albums de Yesterday’s Ring jusqu’à présent et c’est sûr que j’vais toujours être intéressés à sortir ce qu’ils composent, parce que c’est bon, c’est des bons musiciens, c’est des amis à moi, parce que j’aime ça. C’est sûr que je vais toujours appuyer leurs projets à 100%. »

« On aime Eli… waahaaan! » (Le Métronome de Malajube lors du concert de la Nuit Blanche de février dernier)

Un autre sujet prévisible lors de cet entretient : Malajube. Lauréats du prix Étoile montante au gala de la Montreal Independant Music Initiative, clip du Métronome réalisé par la fameuse boîte Nu Films (la même qui réalise les vidéos de Dumas… et de CEline Dion), têtes d’affiche des dernières Francofolies ainsi que de Pop Montréal, bref ce groupe qui a lancé son premier album sur étiquette Dare To Care. À l’orée d’une tournée en France et du lancement d’un deuxième disque, Eli raconte l’aventure :

« En fait, ça faisait longtemps que je les connaissais de nom. Je les avais déjà bookés en spectacle, j’avais entendu leur démo, mais je ne les connaissais pas personnellement et je n’étais pas encore un grand fanatique du groupe. Tout ce que j’avais vu et entendu auparavant m’avait plus ou moins marqué. » se rappelle-t-il visiblement amusé. « Y’a vraiment eu un déclic au mois d’août 2004 où je les ai vus en show dans le salon de leur batteur Francis. C’était comme un nouveau groupe, rien avoir avec que j’avais déjà entendu auparavant. »

C’est aussi lors de cette soirée que les membres du groupe lui ont parlé de « la plus interminable et la plus incongrue des sessions de mixage de tous les temps » (selon le livret) de leur album à venir et de leur recherche d’une étiquette pour le lancer. Intrigué, Bissonnette s’est dit intéressé à l’écouter… que par curiosité. « La semaine d’après, Julien m’amenait un CD de « rough mix ». J’ai pesé sur « play » et, sans blague, ça a pris cinq secondes et j’étais vendu! » s’exclame-t-il. Un engouement qui n’est pas près de se tarir selon lui.

Dare To Care en 2006….

« Début 2006, c’est le nouveau Malajube qui sort » clame Bissonnette. Se refusant toutes tergiversations, le ton d’Eli laisse toutefois indiquer que d’autres choses, de grandes choses, sont à prévoir pour 2006 en plus d’une nouvelle cuvée de disques. Mais avant, l’étiquette concentrera tous ses efforts en début d’année sur la prochaine galette de Malajube : « C’est sur ça que je vais me concentrer à 100% avant de lancer d’autres disques au cours de l’année. »

Disponible dans les bacs des disquaires dès le 7 février prochain, cet album très attendu n’avait toujours pas de nom au moment de mettre sous presse. Son contenu s’annonce très éclaté selon le principal intéressé : « Ça va être malade ! Selon ce que j’ai entendu, y’a deux, trois tounes qui rentrent dedans, qui ont vraiment de la drive ! Des trucs fuckés, mais tout de même avec une touche de pop! J’ai hâte, j’ai très hâte! »

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